mardi 19 novembre 2013

Le cortège du Bœuf-Gras à La Villette le 5 avril 1903


Le quartier de La Villette, où se trouvent les abattoirs, a tenu à ne pas confondre sa fête du Carnaval avec celle des grands boulevards et de la rive droite de la Seine. Il a formé son cortège joyeux plus tard, et nous n'avons pas perdu pour attendre. Il n’y a qu’un cri à cet égard : ce fut un spectacle splendide.
Rien de plus gai, de mieux organisé que la fête de dimanche dernier, où a revécu la légendaire promenade du Bœuf-Gras à travers les rues et boulevards de la bonne ville de Paris.
Ceux qui déjà ne sont plus de la première jeunesse se souviennent de ce bœuf ou plutôt de ces bœufs énormes que l’on voiturait autrefois pendant trois jours à travers la capitale.
On s’amusait ferme, et franchement je vous assure, le Dimanche, le Lundi et le Mardi Gras, les rues étaient pleines de masques qui soufflaient à pleins poumons dans des cornets de terre et prenaient du plaisir sans songer à faire du mal à qui que ce soit. L’on ne connaissait pas alors les Apaches !
On n'accusait pas le lendemain quatre ou cinq cents arrestations, et c’est, tout au plus, si l’on avait mis en sûreté, dans quelque poste, un quarteron de joyeux lurons en vacances, trop amis de la dive bouteille, arrêtés dans leur intérêt, pour les préserver contre les excès de leur folie momentanée.
Les bœufs — il y en avait un pour chaque journée — portaient des noms glorieux rappelant quelque fait glorieux de l’année en cours.
Ils se nommaient Sébastopol, Solférino, Magenta !
Entourés de sacrificateurs à barbes immenses autant que fausses, chevauchés par un gentil bébé déguisé en Amour, ils déambulaient si glorieux que Monselet écrivait que :
…l’on n’a pas été grand'chose
Quand on n’a pas été bœuf gras.
 L’empereur, entouré de sa cour, recevait, dans les salons des Tuileries, les Majestés du Carnaval et leur faisait sur sa cassette un très riche présent, généralement cent mille francs, qui payaient tous les frais auxquels les corporations étaient entraînées et permettaient, le soir, de faire ripaille.
Et le lendemain, la moitié au moins de Paris mangeait du bœuf gras ou croyait en manger, ce qui, dans l’espèce, revenait au même.
Cette année, le vaillant peuple de La Villette, le vrai, celui qui travaille et qui, à cause de cela, s'amuse sainement, a voulu ressusciter les bonnes traditions d’autrefois et il y a pleinement réussi.


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